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Tracking email et CNIL : ce qui change le 14 juillet, ce que ça implique pour vos équipes

Mis à jour le 10 juillet 2026

En bref

La CNIL considère depuis avril 2026 que les pixels de suivi email relèvent du même régime que les cookies : mesurer une ouverture nécessite désormais le consentement du destinataire, y compris en B2B. La mise en conformité est exigée avant le 14 juillet 2026. Les contacts existants doivent être informés avec un moyen simple de s'opposer. Les nouveaux contacts requièrent un consentement explicite. Sur HubSpot, les options de désactivation restent globales, une bêta par email individuel est en déploiement. Alternative recommandée : piloter sur le taux de clic, les réponses et les soumissions de formulaires plutôt que sur le taux d'ouverture, déjà peu fiable depuis plusieurs années.

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Alexandre Jeanpetit

Directeur Marketing

Le 14 juillet 2026, une donnée que les équipes marketing et commerciales consultent chaque jour va devenir partiellement inaccessible : savoir qui ouvre vos emails.

Pas de panique. Mais pas de déni non plus. La recommandation publiée par la CNIL le 14 avril dernier (délibération n° 2026-042) change les règles du jeu pour tous les expéditeurs d'emails professionnels, y compris en B2B. Les contrôles sont annoncés dès la date d'échéance. Le sujet circule déjà dans les équipes. Il génère des questions légitimes, parfois de l'inquiétude.

Chez ideagency, la conviction est simple : mieux vaut une lecture claire et honnête de la situation qu'un silence gêné. Voici ce qui se passe, ce que ça change concrètement, et comment avancer.

Ce que dit la CNIL (sans jargon juridique)

Le raisonnement tient en une phrase : un pixel de suivi dans un email, c'est une opération de lecture sur le terminal du destinataire. À ce titre, il relève du même régime juridique que les cookies. La conséquence directe : mesurer l'ouverture d'un email nécessite désormais le consentement du destinataire.

Trois points méritent une attention particulière.

Le B2B est concerné

Il n'existe pas d'exception pour les échanges entre professionnels dès lors que l'adresse email est nominative. Que l'email soit envoyé depuis un outil de marketing automation ou directement depuis le CRM par un commercial, la règle s'applique.

Le consentement au tracking ≠ le consentement à l'envoi

Une entreprise peut avoir parfaitement le droit d'envoyer un email de prospection et ne pas avoir celui d'en mesurer l'ouverture. Ce sont deux bases juridiques différentes, et c'est probablement le point qui génère le plus de confusion.

C'est la finalité du pixel qui compte, pas le type d'email

Un pixel inséré dans un email transactionnel (confirmation de commande, notification de compte) n'est pas exempté si la donnée collectée alimente du scoring ou du reporting marketing.

La subtilité à bien comprendre : opt-out vs opt-in

Ce point est crucial et souvent mal interprété. La CNIL distingue deux situations.

Contacts existants (collectés avant le 14 avril 2026)

Il n'est pas nécessaire de recueillir un nouveau consentement explicite. La CNIL prévoit un régime transitoire : les informer clairement de l'usage des pixels et leur offrir un moyen simple de s'y opposer suffit. Un bouton d'opposition en un clic. S'ils ne s'opposent pas, le suivi peut continuer. C'est un fonctionnement en opt-out.

Nouveaux contacts (collectés à partir du 14 avril 2026)

La règle est plus stricte. Le silence vaut refus. Il faut un acte positif de consentement, distinct de l'inscription aux communications. Pas de case pré-cochée. C'est un opt-in explicite.

Attention toutefois : le fonctionnement en opt-out n'est légalement possible que pour des adresses collectées avant la publication de la recommandation. Pour toute nouvelle adresse récoltée à partir de cette date, le silence de l'internaute vaut refus, et non plus acceptation tacite.

En pratique : pour la base historique, un email d'information accompagné d'un lien d'opposition doit être envoyé avant le 14 juillet. Pour les nouveaux contacts, une case de consentement dédiée doit être ajoutée aux formulaires de collecte.

À titre d'exemple, Carrefour a envoyé son email d'information début juillet avec un message limpide expliquant l'usage des pixels et proposant un bouton d'opposition clair.

Les impacts concrets au quotidien

Voici les usages directement touchés par cette recommandation :

  • le taux d'ouverture ne sera mesurable que sur les contacts ayant donné leur consentement au tracking ;
  • les workflows déclenchés sur l'événement "email ouvert" nécessitent ce même consentement ;
  • le lead scoring basé sur les ouvertures devient biaisé, voire inopérant sur une partie de la base ;
  • les A/B tests sur les objets d'email reposeront sur un échantillon faussé.

Certains usages restent autorisés sans consentement, dans un cadre strict :

  • la mesure de délivrabilité sur les emails transactionnels ;
  • la gestion des inactifs : conserver la date de dernière ouverture (à la journée, sans heure ni appareil) pour nettoyer les listes ;
  • les usages liés à la sécurité (double authentification, réinitialisation de mot de passe).

Et si le vrai sujet était ailleurs ?

Au-delà de la conformité, une question mérite d'être posée franchement : est-ce que se battre pour conserver le taux d'ouverture en vaut vraiment la peine ?

La réponse honnête d'ideagency : probablement pas.

Le taux d'ouverture était déjà un indicateur fragile bien avant cette recommandation. Le pré-fetch d'Apple Mail Privacy Protection gonfle artificiellement les ouvertures depuis 2021. Les proxys de sécurité en entreprise chargent les images sans que le destinataire ait lu quoi que ce soit. Les filtres Gmail ajoutent leur propre couche de bruit. Une "ouverture" mesurée ne reflétait plus la réalité depuis longtemps.

Ajouter une couche de consentement supplémentaire, distincte de l'opt-in newsletter, distincte des cookies, pour sauver cette métrique fragile, c'est prendre le risque de perdre les contacts dans un millefeuille de consentements qu'ils ne comprennent plus. Opt-in emailing, opt-in cookies, opt-in tracking… combien de cases avant qu'ils ne décrochent ?

Des signaux plus fiables existent déjà

La recommandation pragmatique qui émerge chez nos clients les plus avancés : profiter de cette contrainte pour basculer le pilotage sur des signaux first-party réellement fiables.

  • Le taux de clic, une action volontaire, mesurable, non ambiguë ;
  • les réponses aux emails, signal d'engagement le plus fort ;
  • les soumissions de formulaires, qui expriment une intention déclarée ;
  • les visites de pages, comportement actif et traçable ;
  • les préférences déclarées, ce que le contact dit vouloir plutôt que ce qu'un pixel suppose qu'il a lu.

C'est moins confortable que le taux d'ouverture. Mais c'est infiniment plus fiable, plus actionnable, et conforme par design.

Où en est HubSpot (en toute transparence)

Soyons honnêtes : la réponse de HubSpot avance, mais n'est pas encore idéale.

Ce qui existe aujourd'hui

Il est possible de désactiver le tracking de manière globale, au niveau du compte.

Pour les emails marketing : le paramètre se trouve dans Paramètres > Outils > Marketing > E-mail > Suivi. Pour les emails one-to-one envoyés depuis le CRM : un réglage similaire existe dans Paramètres > Gestion des données > Objets > Activités > Log et suivi.

Le problème : c'est tout ou rien. Couper le tracking revient à renoncer à toute mesure, y compris sur les contacts qui ont donné leur consentement.

Pour approfondir, HubSpot détaille ces paramètres dans deux articles dédiés :

Ce qui arrive avant le 14 juillet

Une option de désactivation par email individuel dans l'éditeur marketing, actuellement en bêta. C'est un pas en avant : il devient possible de conserver le tracking sur les campagnes adressées à des contacts consentants et de le couper email par email sur les autres.

Ce qui manque encore

Il n'existe pas de mécanisme natif pour conditionner automatiquement le tracking au statut de consentement du contact. Pas de logique "si consentement = oui, alors pixel actif ; sinon, pas de pixel". HubSpot indique travailler sur des options plus granulaires. Nos équipes suivent ces évolutions au jour le jour et partagent chaque avancée dès qu'elle se confirme.

Cinq actions concrètes avant le 14 juillet

1. Auditer les usages du pixel

Cartographier les workflows, listes actives, mécanismes de scoring et rapports qui reposent sur l'événement "email ouvert". Identifier ce qui doit être adapté et ce qui peut être abandonné sans dommage.

2. Informer la base existante

Pour les contacts collectés avant le 14 avril, un email dédié ou un encart visible dans une campagne suffit. Le message doit être simple : expliquer l'usage des pixels, la finalité, et proposer un lien d'opposition en un clic. Conserver une preuve de cet envoi (date, audience, contenu).

3. Mettre à jour les formulaires de collecte

Pour les nouveaux contacts, ajouter une case de consentement au tracking, distincte de l'inscription aux communications. Pas de case pré-cochée.

4. Adapter la politique de confidentialité

Mettre à jour les finalités, durées de conservation et modalités d'exercice des droits liés au tracking.

5. Rebasculer les KPIs

Documenter la date de bascule dans les tableaux de bord pour éviter les erreurs d'interprétation quand les courbes d'ouverture décrocheront. Commencer dès maintenant à piloter sur les clics, les réponses et les soumissions.

Ce n'est pas la fin du marketing email

Ce changement n'est pas anodin. Mais ce n'est pas non plus la catastrophe que certains décrivent. C'est la fin d'une métrique qui ne racontait déjà plus la bonne histoire, et le début d'un pilotage plus sain, fondé sur des signaux que les contacts choisissent activement de produire.

Les équipes ideagency sont pleinement mobilisées sur le sujet : audit des workflows dépendants de la donnée d'ouverture, paramétrage des options de désactivation adaptées à chaque contexte, veille en temps réel sur les évolutions HubSpot.

Le marketing email a survécu à la fin des taux d'ouverture gonflés par Apple. Il survivra à cette recommandation de la CNIL. À condition d'accepter de mesurer ce qui compte vraiment.

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Alexandre Jeanpetit

Directeur Marketing

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